Il nous a fallu trois ans de pratique, de préparation de nos formations avec les demandeurs, de retour de nos utilisateurs et de réflexions en interne pour arriver à mettre à jour ce qui constitue, jusqu'alors de façon implicite et même inconsciente, la part la plus vive de ce que nous souhaitons transmettre à travers nos formations.
Les trois termes qui explicitent cette part vive sont : l'éco-conception, le boot-strapping (désolé pour le terme anglais, que nous commentons plus bas) et le déroutage. Ils constituent le socle sur lesquels se base notre offre et fournissent l'ossature de nos formations, qu'elles soient en "prêt-à-porter" ou "sur-mesure".
Nous n'en dérogerons pas :)
L'éco-conception
L'éco-conception, c’est quoi ?
Se placer sous la bannière « éco » c’est adopter
un regard critique sur la dynamique en cours dans nos
sociétés, basée notamment sur l’idée de ressources
inépuisables, à commencer par la ressource humaine.
Eco-concevoir, c’est donc prendre appui au contraire sur le
constat de la fragilité des ressources, exprimée par des
termes tels que soutenabilité, soin, sobriété,
réparabilité...
Eco-concevoir, c'est installer la question de la
fragilité au cœur de sa pratique sous la forme
« que faut-il
protéger ? »
Le boot-strapping
Etre sa première ressource
Sous la diversité de ses
utilisations, un élément demeure et constitue le cœur de
cette approche : le boot-strapping est un geste
par lequel celui qui fait quelque chose se crée - ou se
sauve - dans ce mouvement même.
Un peu d'humour : la poule et l'oeuf
Pour prendre un exemple de façon
humoristique, remarquons que la question de "qui, de la
poule ou de l'oeuf, a été le premier ?" s'y trouve
résolue. Il n'y a pas de première ou de premier, la poule
a été par le fait même de pondre un oeuf. Faisant un oeuf,
elle se "boot-strappe" et devient la poule telle que nous
la connaissons.
Un contre-exemple : la dissonance cognitive
Nous trouvons dans la dissonance cognitive le
contre-exemple parfait au boot-strapping. Dans la dissonance
cognitive, notre pratique (professionnelle, personnelle,
sociale...) se trouve en contradiction parfaite avec ce que
nous pensons être la bonne pratique.
Le boot-strapping est en quelque sorte, pour utiliser des
termes un peu pompeux, le geste inaugural par lequel, s'alignant avec soi-même, ... on devient
soi-même
Le
déroutage
Comme dit au premier paragraphe, se placer sous la
bannière « éco », c’est adopter un regard critique
sur la dynamique en cours dans nos sociétés. Il ne s’agit
alors plus dans la perspective ainsi ouverte de chercher à
améliorer ses pratiques actuelles pour se projeter dans un
futur acceptable mais d'interroger ces pratiques, puisque ce
sont elles qui nous ont amenés à l'endroit et dans la
trajectoire où nous sommes.
Se placer ici et maintenant, à l’endroit où ça se joue, est
la seule la possibilité de faire bifurquer ce présent mal
orientée, de le dérouter.
L’objectif d’une formation éco-conçue n’est pas de créer un futur soutenable mais de dérouter le présent.
Ce qu’il faut retenir
En résumé, une formation éco-conçue nécessite pas mal de choses. Elle suppose de réfléchir à ce à quoi on tient, qui est fragile et dont on doit prendre soin. Elle exige de la délibération, de la décision commune, de l’intelligence collective. Elle recquiert de la présence et de l’envie. Elle nécessite de pratiquer sur le moment ce que l’on est en train d’apprendre, elle demande une configuration matérielle, logicielle et organisationnelle permettant de mettre en place, tester et activer la possibilité de faire autrement pendant la formation. Réussie, elle permet un déroutement oublieux de pratiques et d’objectifs considérés comme secondaires, voires nuisibles, au profit d’autres, fragiles et inspirants, que l’on va retenir.Ce qu’on va retenir, ce qui reste, au-delà du plaisir de sortir de sa routine et du cadre habituel de son activité professionnelle, tel est sans doute le critère premier d’une formation réussie. Et ce qu’ajoute la dimension « éco », c’est qu’on y tient et qu’on va s’y tenir. Comme aurait pu faire dire Audiard à Jean Lefebvre, dans l’éco-conception, y a pas que du bilan carbone.
C'est ainsi que nous concevons nos formations, d'abord comme un engagement. Le numéro, source de bien des maux si on se place comme "simple" utilisateur, devient une solution si nous nous accaparons cette ressource d'abord pour notre propre compte en tant qu'humain pétri et motivé par ses valeurs, et non en gagnant une expertise qui nous rend efficace au service d'une machine et d'un fonctionnement proprement inhumains.
